Composer – les questions que l’on se pose

# 1 A Moscou, c’est impossible… 

Une étudiante violoniste venant du Conservatoire de Moscou, par exemple, m’a offert un traité d’harmonie. Bien sûr je n’ai pu lire les explications en russe, mais, la musique étant un vrai langage universel, les exemples musicaux que j’y ai découverts m’ont révélé une pensée harmonique quelque peu différente de la nôtre.

Quand j’ai expliqué à cette étudiante que dans mes cours, à côté des exercices d’harmonie, je demandais de composer une pièce suivant une thématique imposée, j’ai eu la surprise de sa réaction :

  • Composer, mais c’est impossible !

La discussion qui s’en est suivie m’a permis de comprendre que pour elle, après Tchaïkovski, Rachmaninoff et Chostakovitch, véritables dieux de la musique, les simples étudiants de conservatoire ne pouvaient commettre le sacrilège de se mettre à la composition.

Plus généralement, et plus raisonnablement, trois obstacles se dressent devant quiconque (musiciens amateurs ou professionnels) se demande s’il peut composer :

  • Les inhibitions qui dissuadent
  • Le temps qui manque
  • L’accompagnement qui fait défaut

# 2 Diplômes ou compétences ?

D’abord, je n’ai pas la compétence parce que je n’ai pas fait les études en conservatoire et je n’ai pas le diplôme. Premier obstacle.

En France, quand on se présente quelque part pour proposer ses services, la réponse ne se fait pas attendre : avez-vous le diplôme ? 

Mon père, qui était pianiste de jazz, avait souvenir de l’attitude toute différente lorsqu’il est arrivé aux USA : on lui a montré un piano et il a joué, le problème était réglé en 5 minutes.

# 3 La création musicale dans l’éducation scolaire 

Deuxième obstacle : la création musicale, à la différence d’autres arts comme le dessin ou la poésie, ne fait pas partie de notre éducation de la petite enfance. 

Connaissez-vous une classe d’école primaire où pour apporter un cadeau à sa mère, il soit demandé aux enfants de lui écrire une toute petite chanson ? 

Un dessin ou un poème qui vont orner longtemps le réfrigérateur malgré leurs traits bien hésitants ou leurs rimes primaires, constituent les tout premiers pas de leur créativité liée à l’amour de leur mère. 

Malheureusement, pas quatre notes de musique qui pourraient permettre de chanter en croches (plus ou moins) égales Je t’aime, ma-man ! 

Et les années qui suivent jusqu’aux études supérieures ne développent malheureusement pas non plus la créativité musicale des jeunes.

# 4 Une fausse idée du compositeur 

Pour compléter ce bref tableau des inhibitions, parlons des idées reçues véhiculées par les médias généralistes sur ce qu’est un compositeur : un esprit quelque peu extravagant pris soudain d’une inspiration suprahumaine qui se voit dicter des partitions entières qui deviendront des chefs-d’œuvre.  

Il y a là aussi de quoi inhiber ! Un troisième obstacle propre à décourager tout candidat à la composition qui ne se reconnaît pas dans cette description.

# 5 Comment se désinhiber ?

Le système d’évaluation des compétences, d’éducation scolaire et de la pensée médiatique n’est pas près de changer ! En attendant qu’un musicien soit jaugé sur ce qu’il sait faire, qu’un enfant compose sa chanson pour sa maman et qu’un film nous montre un jour un compositeur travaillant note par note comme tout créateur qui se confronte à un long travail d’élaboration, c’est à chacun de réagir ! Pourquoi la création musicale en irait-elle différemment des autres arts ? Pourquoi n’est-il pas possible de développer le plaisir de composer une musique tout comme on conçoit un poème ou réalise un dessin à sa mesure, selon le niveau de progrès où l’on est rendu ?  

# 6 Vaincre le manque de temps, une question d’envie 

Même si on est décidé à réagir et programmer l’apprentissage de la composition musicale en bonne place dans sa vie, une ennemie nous guette : la procrastination, c’est-à-dire “l’art de reporter à plus tard » ce que l’on peut faire de suite.

J’ai eu le temps d’observer mes élèves (de 12 à 90 ans) placés dans cette situation. Une fois franchi le seuil de ma classe, une seule chose a vaincu toutes les hésitations : l’envie. L’envie des premiers pas dans cet univers, l’envie de s’essayer à écrire ou à jouer quelque chose à soi, l’envie de l’écouter, l’envie de savoir ce que les autres en pensent, moi bien sûr, mais aussi les autres élèves, l’envie de savoir comment et pourquoi l’améliorer, et enfin l’envie de garder sa composition et surtout d’écouter en petite audition sa création. 

# 7 Alors  ? Quel accompagnement  ? 

Nous voici arrivés à la principale question de fond.

  • Est-il possible de se faire accompagner dans l’apprentissage de la création musicale en commençant par les premiers pas : une mélodie, son accompagnement à l’aide de quelques accords très simples et un rythme de base ? 
  • Puis progresser peu à peu en augmentant le nombre d’accords, en étudiant plus à fond les constructions de phrases et les styles d’accompagnements ? 
  • Apprendre ensuite à accompagner des mélodies en s’assurant au clavier de ce qui sonne bien ou pas ?

Autrement dit peut-on devenir compositeur amateur en suivant un apprentissage progressif réclamant peu à peu des connaissances musicales en solfège, en harmonie, en contrepoint et en rythme, comme on le fait dans les ateliers amateurs de dessin ou d’écriture poétique, guidés par un spécialiste ?

# 8 Et maintenant la surprise ! 

Vous êtes au pied du mur… 

Pour avoir une idée de ce que composer représente, je vous propose d’essayer  !

Voici la mélodie d’un menuet pour clavier. Essayez de composer la partie manquante en clé de fa.

Quelques conseils… 

  • Revoyez ce qu’est un menuet.
  • Analysez la tonalité principale, les phrases.
  • Attention au système de reprises.

Pour ceux qui jouent d’un instrument harmonique (piano, harpe, etc.) : jouez la mélodie, choisissez des accords et écrivez-les sur la partition en clé de Fa.

Pour les guitaristes : jouez la mélodie à l’octave supérieure et cherchez une 2de voix qui l’accompagne en clé de sol soit pour un guitariste qui jouera le tout, soit pour deux, chacun sa voix ; écrivez la 2e voix sur la 2e portée.

Pour ceux qui jouent d’un instrument monodique : cherchez une ligne mélodique en clé de fa qui se marie bien avec celle déjà écrite en clé de Sol et écrivez-la

Si vous avez du mal à “entendre” la combinaison des 2, avec votre instrument, enregistrez une voix et par-dessus, jouez l’autre.

Envoyez-moi votre version écrite du menuet par email en PDF, je vous retournerai mes

commentaires sur votre création.

contact@lapenseemusicaleharmonique.com

Composer, c’est possible !Arthur Honegger disait que Composer c’est comme construire un mur en montant à l’échelle qui s’appuie dessus. 

Ce n’est pas impossible, à condition que quelqu’un vous guide… et tienne l’échelle.

En plus, pour ceux qui m’enverront leur menuet, je vous ferai parvenir un bon de réduction sur mes formations 😉