Quand et comment moduler ?

Réponses à vos questions

Qu’est-ce que moduler ?

Récemment on m’a posé cette question : quand et comment moduler ?

En composition ou en improvisation, moduler c’est passer d’un ton* à un autre (*les mots tons et tonalités sont parfaitement synonymes). Dans un même morceau, il n’y a pas d’obligation à moduler mais il n’y a pas non plus de limites au nombre de modulations possibles.

La règle de base

Un seul principe régit les modulations, un peu comme dans les pièces du théâtre classique qui réclamaient une unité d’action, de lieu et de temps, c’est l’obligation de commencer et de finir dans la même tonalité, qu’on nomme ton principal. Les tons secondaires sont bien évidemment les tons successifs par lesquels le morceau est passé. L’ensemble général : ton principal/tons secondaires/ton principal est le parcours tonal de l’œuvre.
J’aime beaucoup l’expression ‘parcours’ et je vais l’utiliser pour répondre à la question : quand moduler ? 

Quel parcours choisiriez-vous ?

1. Imaginez la scène suivante : il vous semble salutaire chaque jour de marcher un peu autour de chez vous. Quel parcours allez-vous suivre ? Au début, un simple parcours aller-retour autour de chez vous suffira.  

2. Par la suite, vous aurez envie de vous laisser aller au gré du moment, là où vos pas vous conduiront. Le danger : ne plus savoir ou vous êtes et passer beaucoup de temps à revenir chez vous !  

3. Vous déciderez alors de concevoir un parcours de base simple, par exemple si vous habitez en ville, le tour du quartier ou à la campagne un enchaînement de chemins agréables en forme de tour.  

4. Au bout d’un certain temps, la répétition quotidienne de votre parcours va vous amener à emprunter quelques chemins de traverse qui ne changeront pas grand-chose à votre itinéraire de base, ou encore effectuer carrément des détours  afin d’apprécier des paysages voisins.   

5. Finalement, un jour ou l’autre l’envie de voir d’autres lieux, d’autres ambiances ne manquera pas de se produire et là vous innoverez véritablement en créant d’autres parcours avec une constatation : plus vous vous éloignerez de chez vous, plus il vous faudra du temps pour y revenir, à moins de découvrir quelques raccourcis étonnants ou mystérieux. Il en va de même pour moduler.  

Les chemins de la modulation 

1. Beaucoup de musiques se cantonnent à 2 ou 3 accords de base de la même tonalité, elles ne comportent aucune modulation mais peuvent totalement satisfaire l’écoute de l’auditeur (c’est le cas de beaucoup de chansons actuelles par exemple).

2. Certaines créations offrent à l’auditeur une suite d’accords plus riches les uns que les autres et modulant de façon agréable et rapide mais on perçoit toute la difficulté que le compositeur a eu à revenir au ton principal, ce retour se faisant assez brutalement (des thèmes de musique de film l’illustrent bien).

3. Toute une littérature offre un parcours répétitif monotonal (sans modulation) mais pas monotone. La richesse de ce répertoire vient de l’utilisation habile des degrés principaux, conformes à la couleur modale générale et des degrés secondaires en décalage avec celle-ci. C’est souvent  le cas  des Chacones, Passacailles ou Folias, par exemple.

4. Abondante est la magnifique littérature qui présente des emprunts ou des passages par les tonalités voisines avant de revenir au ton principal (les chorals de JS Bach en sont un bel exemple).  

5. Des compositeurs ont poussé la recherche des modulations aux tons éloignés en sachant parfaitement revenir au ton principal en nous laissant tout étourdis et émerveillés par tant de vélocité. Gabriel Fauré et César Franck en font partie.

Quel est donc mon conseil,
ma réponse à la question
« Quand moduler » ?

Quand on sait déjà bien composer ou improviser sans moduler (exemples 1 et 3) il est temps de commencer à maîtriser les emprunts (4), les modulations aux tons voisins (4) et, enfin aux tons éloignés (5). Dans ces différents cas, après avoir bien établi le ton principal dans la première phrase, il faut prévoir un parcours tonal cohérent qui mène à un retour logique au ton principal, ce qui pose le problème suivant : comment moduler ? Nous verrons cela bientôt !  

# 2 Regarder mes vidéos  « Les tonalités voisines en Majeur » ; « Les tonalités voisines en Majeur et en mineur »

# 3 Quelques définitions  

Accord : Ensemble d’au moins 3 sons entendus simultanément. À 3 sons, on distingue l’accord parfait majeur qui comprend, à partir de sa basse, une 3ce majeure et une quinte juste, l’accord parfait mineur qui contient une 3ce mineure et une quinte juste de l’accord dit de quinte diminuée qui contient une 3ce mineure et une quinte diminuée.

Degrés : les degrés mélodiques définissent la graduation des sons d’une gamme permettant de les situer par rapport à la tonique. Quand ils sont les basses d’accords d’au moins 3 sons de cette tonalité, ils deviennent degrés harmoniques. Ils s’indiquent en chiffres romains.

Mode : famille de tonalités présentant le même agencement typique de sons dans leur gamme représentative.  

Ton, ½ ton : 1. Ton est synonyme de Tonalité 2. Au clavier : le ton est aussi l’intervalle entre deux touches blanches séparées par une touche noire. Le ½ ton est l’intervalle entre une touche blanche et la touche noire placée juste après ou avant ainsi que l’intervalle entre deux touches blanches non séparées par une touche noire.  

Tonalité : ambiance (ou couleur) principale d’une composition musicale résultant du choix et de l’agencement, par son compositeur, de l’ensemble des sons qui la composent, ensemble qui peut être représenté sous la forme d’une gamme.